"L'homme libre est celui qui n'a pas peur d'aller jusqu'au bout de sa pensée"

Léon Blum

Espace privé

Réservé à l'administrateur



Accueil Articles J-S Raymond Schreiber : son livre Et si les hommes portaient des jupes ?
Raymond Schreiber : son livre Et si les hommes portaient des jupes ? Envoyer
Mercredi, 19 Mars 2008 00:00

Raymond Schreiber : son livre Et si les hommes portaient des jupes ?Interviewée : Raymond Schreiber

Livre : Et si les hommes portaient des jupes ?

Editeur : Elzévir

Interviewer : Jérôme Salomé

Date : 17 mars 2008



  • Bonjour Raymond. Commençons par mieux vous situer : Qui êtes-vous ? Portez vous, vous-même, des jupes ou autres vêtements dits de femmes ?

 

Je vous pourrais vous brosser un tableau clinquant : ingénieur, diplômé d’une école prestigieuse, patron de l’informatique d’une grande entreprise, puis à la tête de ma propre société, une compagne chercheuse dans un domaine de pointe, deux filles universitaires, brillantes. Tout ça, c’est une réalité, mais il y a aussi l’autre versant : des questions qui me taraudent depuis l’enfance. Vers huit ans : pourquoi moi, petit garçon, je ne peux pas porter les mêmes belles jupes que mes camarades-filles de la classe ? Quel est ce Dieu qui ne sauve que les catholiques et pas les autres ? Plus tard : qu’est-ce que la vie, la mort ? Qu’est-ce que le Réel ? Que restera-t-il quand il ne restera plus rien ? Et il y a eu aussi les secousses comme un divorce ou l’annonce d’une maladie grave. Et je crois que c’est dans ce deuxième versant fait de questions et de remises en question que s’origine un cheminement qui fait qu’aujourd’hui, il me semble que j’ai touché une dimension de sérénité et de bonheur. Vous me demandez si je porte la jupe : bien sûr, et pour l’avoir vécu, je peux vous affirmer que je suis parfaitement à l’aise même si je suis le seul homme porteur de jupe au milieu d’une assemblée de plus de mille personnes.

 

 

  • Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’écrire ce livre ?

 

Vous savez, 2008, c’est l’année de mes soixante ans. Et comme je vous l’ai dit, la question de la jupe s’est posée pour moi vers l’âge de huit ans, c’est dire que j’ai eu un demi-siècle pour creuser la question. A huit ans, on est juste frustré, mais plus tard, adolescent, on cherche à comprendre. Mais à cette époque, il n’y avait ni internet, ni des rayons entiers de librairies dévolus au développement personnel et c’est donc dans les bibliothèques qu’il m’a fallu chercher. Et ce que j’y ai trouvé alors, c’est que c’était de l’ordre de la tare et de la perversion. Evidemment, je ne pouvais pas me satisfaire de cette réponse. A cette époque-là, c’est-à-dire il y a environ quarante ans, toutes les idées que vous, Jérôme, vous défendez aujourd’hui, je les ai eues. Tout ce que vous écrivez dans votre site, j’aurais pu l’écrire il y a quarante ans. Mais j’ai aussi dû constater que cela ne suffisait pas et qu’il devait y avoir encore autre chose et, bien des fois, j’ai dû remettre le métier sur l’ouvrage. Bien des années plus tard, concomitamment avec l’avènement d’internet, en trois clics, on avait une nouvelle réponse. Cette fois, on n’était plus coupable de perversion, mais victime d’une erreur de la nature : vouloir porter une jupe voulait dire qu’on était au fond une femme mais que la nature nous avait mis par erreur dans un corps d’homme. Mais cette idée, qui est encore d’actualité, n’a pas non plus obtenu mon adhésion. A choisir, c’est vrai que je préfère encore votre approche « mode ». Mais ce qui me gène dans votre démarche, c’est que si vous nous libérez de la tyrannie du pantalon, vous nous limitez quand même sérieusement dans la « jupe pour homme ». Je vous l’ai dit, j’ai eu cinquante ans pour réfléchir à cette question et bien d’autres encore que finalement d’autres pistes se sont présentées à moi. Donc, l’idée de ce livre, c’est de partager ces nouvelles pistes.

 

 

  • Votre livre va plus loin que le simple port de la jupe par les hommes. Jusqu’où souhaitez-vous emmener vos lecteurs ?

 

Plus haut ! J’aimerais emmener chaque lecteur au sommet de ses questions !

 

 

  • Sur quelles bases vous êtes vous appuyé pour mener la réflexion décrite dans votre livre ?

 

 

La manière dont vous posez cette question pourrait laisser supposer que je m’y suis pris comme un universitaire entreprendrait une recherche ou un journaliste préparerait un reportage, un peu comme un observateur extérieur. Ce n’est pas du tout cela : n’oubliez pas que je suis profondément concerné par cette question et, si j’ai donné une certaine structure à mon livre, il est en réalité le fruit d’un cheminement personnel, d’une réflexion au quotidien sur des thèmes extrêmement divers. Je vais vous donner un exemple qui a l’air de n’avoir strictement aucun lien mais qui va nous ramener en plein cœur de notre sujet. Je vous ai dit tout à l’heure que la question de la jupe s’est déjà posée pour moi à l’école primaire. Dans cette école primaire, lors de la leçon de géographie, j’ai appris que nous étions environ deux milliards d’êtres humains sur la terre. Aujourd’hui, cinquante ans plus tard, nous sommes sept milliards et il a quelques chances que je sois encore en vie lorsqu’on atteindra les huit milliards. Cela voudra dire que dans ma petite vie, j’aurai assisté deux fois à un doublement de la population : du jamais vu. Savez-vous que les démographes estiment à environ un quart de milliard la population de la terre en l’an 0 de notre ère ? Savez-vous qu’il a fallu plus de 16 siècles pour doubler cette population puisqu’on estime avoir atteint le demi-milliard vers 1650 ? Vous allez-me dire : très bien, et alors ? Je ne vois pas le rapport. Et bien si, le rapport est même de taille dans la mesure où nous vivons maintenant un moment charnière dans l’histoire de l’humanité. Jusqu’à présent la survie des familles, des groupes, des communautés, de la collectivité dépendait essentiellement de la procréation. Ajouter à cela la compétition entre les groupes (être plus nombreux voulait dire être plus fort) et vous comprendrez que jusqu’à aujourd’hui, on a vécu ce que j’appelle le plus grand dopage de l’histoire l’humanité. Et vraisemblablement, la séparation entre les sexes, les femmes usines à enfants d’un côté au service des hommes dominants de l’autre a participé de ce dopage qui intègre toutes sortes de mesures soi-disant morales : mise à l’index de toute homosexualité, condamnation de toute sexualité qui n’aurait pas la procréation comme objectif, culpabilisation des femmes qui n’ont pas d’enfants. Ce n’est pas le lieu ici, mais on pourrait largement approfondir toutes ces sujets. Seulement voilà, cette procréation, qui était un bienfait jusque là, commence à poser un vrai problème au petit village planétaire que nous sommes et on connaît déjà un certain nombre de pays où des bébés sont simplement éliminés à la naissance, et en particulier des filles (de moindre valeur). Dans cette même époque charnière, les neuroscientifiques de pointe nous disent que, pour un même cerveau, on observe en général une bien meilleure imagerie cérébrale chez les femmes que chez les hommes, mais ils précisent qu’on ne trouve cela pas seulement chez les femmes, mais aussi chez des gens des deux sexes qui méditent ou qui sont plutôt artistes, donc en général chez des gens qui ont un meilleur équilibre entre les deux hémisphères du cerveau, un meilleure équilibre entre leurs polarités masculine et féminine. Nous voilà donc au cœur de notre question : voulons-nous continuer à fonctionner comme deux demi-portions vouées à la procréation ou voulons-nous commencer à intégrer en nous-mêmes nos deux polarités pour améliorer notre niveau de conscience et nos stratégies de vie. Et au point où se trouve notre planète, la question est vraiment d’importance.

Vous comprenez que dans ce contexte-là, et après toutes ces années de réflexion, je suis très heureux et même fier de m’être ouvert un peu plus à cette belle dimension féminine qui, je peux vraiment en témoigner, loin de me diminuer m’a fait véritablement grandir et si ma jupe me donne un air un petit peu plus féminin, cela peut même être gratifiant.

 

 

  • Vous vous demandez sur votre site internet (homme-en-jupe.ch) comment se fait-il que les hommes qui sont, en tous cas juridiquement, complètement libres de porter des jupes mènent des actions à n'en plus finir (en citant celles de JS) pour tenter d'obtenir quelque chose qui ne leurs est pas interdit. Pour vous, c'est vouloir enfoncer des portes ouvertes. Mais ne pensez vous pas que les actions sont néanmoins nécessaires pour réduire les autres interdits : le rejet des gens, la compagne qui menace de divorcer, l’employeur qui pourrait mettre des bâtons dans les roues d’un porteur de jupes car il n’admet pas qu’un homme puisse en porter, les enfants pour lesquels on invente un état déséquilibré car ils ont un père qui porte des jupes, et j’en passe ?

 

 

Ok, puisque vous évoquez cela, je peux bien vous suivre sur ce thème. J’ai lu sur votre site que vous avez écrit au précédent et maintenant à l’actuel Président de la République à propos de la jupe. A ce jour, ni l’un, ni l’autre ne vous a répondu et j’ai presque envie de dire heureusement car je crois que ce n’est pas du tout de leur ressort. Moi, en Suisse, je n’ai pas écrit au Président de la Confédération, mais j’ai eu ma réponse sous la plume de Madame Calmy-Rey, Présidente en 2007, qui préfacé le livre « Filles-Garçons – socialisation différentiée ». Vous trouverez toutes les références sur mon site dans la rubrique « d’autres regards – livres ». Dans cette préface, elle écrit, je cite : « On reste d'ailleurs saisi de découvrir la "conspiration des genres" à laquelle nous participons ».

 

Vous remarquerez que la réponse que j’ai obtenue ne parle pas de la jupe, mais de notre distorsion d’être humain et là on est encore une fois au cœur de notre sujet. Jusqu’à aujourd’hui, du « croissez et multipliez-vous » du Livre de la Genèse, on a surtout entendu le « multipliez-vous ». Mais le grand dopage, le « multipliez-vous », la conspiration des genres, tout cela est maintenant dépassé, dorénavant, il s’agit d’aller vers le « croissez » et je crois vraiment que cela passe par la réconciliation des genres qui devrait advenir aussi bien sur la terre extérieure que dans notre terre intérieure.

 

Alors, faire des actions ou participer à une association qui veut réhabiliter la jupe pour homme sous prétexte que c’était un vêtement masculin il y a deux cent ans, vous comprenez que je ne suis pas vraiment preneur. Faire des actions pour rappeler à l’être humain sa beauté, sa grandeur, oui, là je suis partant. Malheureusement, je n’ai pas le budget et les appuis dont dispose quelqu’un comme Al Gore, sinon j’aurais volontiers réalisé sur notre thème quelque chose d’aussi bien ficelé que sa présentation (voir sur le site « d’autres regards -> films -> la vérité qui dérange ». Alors, avec mes petits moyens j’ai écrit ce livre et ouvert ce site. Je profite d’ailleurs pour faire un peu de pub pour la rubrique « d’autres regards » où on trouvera des livres et des films qui sont souvent des moyens assez sympathiques pour creuser nos questions.

 

 

  • Quel est pour vous le ou les meilleurs moyens pour que les mentalités évoluent ?

 

Si c’est des mentalités à propos de la jupe dont vous parlez, je crois que c’est assez simple : d’abord arrêter de focaliser sur cette seule question. Puis je l’ai déjà dit tout à l’heure, aller au sommet de ses questions. Et c’est déjà tout un travail, un travail intérieur d’écoute, d’attention, de réflexion. Et on remarque alors assez vite que le monde commence en nous et juste à côté de nous. Vous savez, je ne peux rien faire pour la guerre en Irak, ni pour les drames qui se jouent au Proche-Orient, je ne peux pas faire grand chose pour que les mentalités évoluent à Paris ou à Bruxelles, mais ce que je peux faire, c’est faire évoluer ma mentalité et peut-être qu’alors, de proche en proche, autour de moi, dans ce petit coin d’univers qui m’est confié, quelque chose évoluera. Vous savez, mon livre n’est pas un livre qui donne des recettes, des moyens, c’est un livre de questions. Déjà le titre est une question.

 

 

  • Nous n’allons pas tout dévoiler. J’invite les visiteurs de JupeSkirt à lire ce livre qui peut donner une autre vision de la vie. Merci à vous.

 

 

Merci à vous d’avoir pris le temps de m’écouter et de m’offrir un peu de place sur votre site.

 

c'est normal, je suis ouvert aux autres façons de penser. Même si je ne suis pas d'accord sur tout (je pense qu'on peut vouloir porter une jupe, rien de plus, et ne défendre que cette unique chose), je trouve votre approche très intéressante et montrant un idéalisme de liberté qui peut laisser rêveur.

 

Pochette avant du livre :

 

Raymond Schreiber : son livre Et si les hommes portaient des jupes ?

 


 


LIENS :

Site du livre : Et si les hommes portaient des jupes ?

Mise à jour le Vendredi, 03 Avril 2009 19:48
 

Droits d'auteur

Tous droits réservés (c) Jérôme Salomé / Jupe-Skirt.info
Reproduction et copie des images, photos, textes,... sont interdites
Reproduction et utilisation des modèles de jupes de Jérôme sont interdites pour le domaine commercial et la distribution
 
Ce site n'a pas de but commercial ni lucratif. C'est juste un site de personnes bénévoles qui regroupent un maximum d'informations sur le port de la jupe par les hommes. Jupe-Skirt prend le soin de respecter les droits d'auteurs. Mais si néanmoins, vous êtes l'auteur de textes, images, ... vous pouvez demander par le formulaire de contact leur suppression de ce site internet. Votre demande sera respectée dès que possible.  
 
Jupe-Skirt n'est pas responsable des sites internet vers lesquels il fait des liens ni de leur contenu. En cas de problème ou réclamation, veuillez contacter leur auteur.