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| Christine Bard : son livre Ce que soulève la jupe |
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| Samedi, 08 Mai 2010 06:40 | |
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Je suis historienne, professeure des universités, et j’ai beaucoup travaillé sur l’histoire des femmes, du féminisme, mais aussi du vêtement. Pour le reste, je donne quelques indices dans mon livre... Un souvenir d’enfance par exemple, qui rend assez ironique le titre, Ce que soulève la jupe. Mon problème dans la cour de récréation à l’école primaire était plutôt « ceux qui soulèvent ma jupe » !
C’est un essai avec une partie historique sur la jupe et les controverses suscitées par la mode féminine au XXe siècle (notamment dans les années 1920 et les années 1960), puis deux autres parties : l’une sur ce que représente aujourd’hui la jupe pour les jeunes filles – une liberté à reconquérir ? – l’autre sur ce qu’elle représente pour les hommes.
Parallèlement à ce livre sur la jupe, je terminais un livre qui va paraître en août au Seuil sur l’histoire politique du pantalon. Or il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui, le pantalon féminin ne choque plus – il n’est parfois pas autorisé dans certaines professions, n’idéalisons pas – c’est la jupe masculine qui semble transgresser « la loi du genre ». Je connaissais, comme tout le monde, les jupes de Jean Paul Gaultier, mais je ne mesurais pas l’ampleur que prenait le phénomène en quelques années.
J’ai essayé de trouver de la documentation sur les sens très variés donnés à cette jupe : la jupe à la mode, la jupe mystique, la jupe gothique, la jupe trans, la jupe gai, la jupe antisexiste… J’ai trouvé des entretiens, posé des questions à des hommes en jupe, recueilli beaucoup d’informations sur internet, et ainsi découvert votre site. Peu de choses publiées en revanche, mais j’ai aimé Men in Skirts, et sur le contexte, le livre de Farid Chenoune, Deux siècles d’élégance masculine, est très important.
Je pense que la jupe a toutes ses chances, dès lors que la société accepte d’accroître les libertés individuelles et ne s’acharne pas à cultiver une différence des sexes complètement stéréotypée. Mais la prédiction est un art difficile et risqué. Je m’efforce de rester optimiste sur ce point comme sur d’autres questions, tout en étant consciente des forces réactionnaires qui menacent toujours nos libertés, y compris bien sûr à la liberté vestimentaire.
Je ne sais pas ce que veut dire « penser en tant que femme »... Comme personne, disons que j’aime beaucoup le mélange de courage, d’originalité, d’indépendance d’esprit que cela représente. J’aime aussi que la jupe soit transculturelle : on trouve de nombreux exemples de vêtements ouverts pour hommes à travers le temps et l’espace. Féministe, j’apprécie que certains hommes soient amenés à réfléchir à ce que signifient les normes de genre pour eux comme pour les femmes. Si la jupe est sensuelle sur et pour les femmes, pourquoi ne le serait-elle pas sur et pour les hommes ? J’aime l’idée que la jupe pourrait devenir comme le pantalon un vêtement universel, mixte. Mon livre insiste sur l’impact « sexuel » de la jupe, mais on peut aussi dire que le vêtement ouvert se prête à tout : le combat pour les guerriers en kilt, par exemple, ou l’effacement du corps, pour les religieux.
La réflexion sur les blocages conscients et inconscients est importante. Susciter l’envie via des images séduisantes d’hommes en jupe aussi. La notoriété de certains amateurs de jupe peut aider. Mais aussi le courage d’hommes ordinaires qui assument leurs goûts. Le sort de cette cause est à mon avis lié à deux grandes questions : la domination masculine et l’homophobie. C’est au nom d’une certaine idée de la virilité et de la « différence des sexes » que l’on s’oppose à la jupe masculine. Les femmes ont tout à gagner aussi de vivre avec des hommes plus libres dans leur vêtement. Et dans leur corps ! L’été arrive, de plus en plus d’hommes adoptent le bermuda avec des tongs dans la rue, à l’université... Impensable il y a encore dix ans… S’il est désormais mieux admis de montrer ses jambes et ses pieds, pour un homme, alors la jupe ne me paraît être que l’étape de plus, la prochaine…
Je l’espère. Je n’accepte pas le traitement médiatique de cette question traitée sur le mode du pittoresque. La jupe masculine est un phénomène culturel qui mérite attention et respect. Qu’elle soit aussi un combat militant a été pour moi quelque chose d’intéressant à observer pour mettre en valeur des points communs avec certains aspects du féminisme.
LIENS :
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| Mise à jour le Samedi, 08 Mai 2010 08:30 |


Interview de Christine Bard