| Exposition - Garçon ou fille... un destin pour la vie ? Belgique 1830-2009 |
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| Lundi, 16 Février 2009 08:57 | |||
Une exposition réalisée par le Centre d’Archives pour l’Histoire des Femmes (CARHIF-AVG) en collaboration avec le musée BELvue
« Les poupées, c’est pour les filles », « Faire carrière, une affaire d’homme », « Les femmes sont moins douées pour les sciences », « Un homme ne pleure pas », … Partout, à l’école, au travail, à la maison, des préjugés semblent enfermer dans un code précis la manière d’être des garçons et des filles, et dicter leurs comportements en tant qu’hommes et femmes. Pour beaucoup, ces stéréotypes apparaissent naturels : ce sont des évidences qui vont de soi. Pourtant, il suffit de jeter un regard sur le passé pour constater que ces clichés ont une histoire, qu’ils ont été construits à un moment donné, dans un contexte particulier. Avec le temps, ils ont évolué, ils ont été contestés ; certains ont disparu, d’autres se sont maintenus.
L’exposition « Garçon ou fille… un destin pour la vie ? » met en lumière cette dimension historique et culturelle des stéréotypes sexués qui forment un fonds d’idées reçues. Pour illustrer leur évolution sur deux siècles, trois domaines ont été retenus : la famille, l’enseignement et le travail. Le parcours éclaire à chaque fois les tensions entre l’image idéale et la réalité, entre les normes et les pratiques. Elle montre aussi que des contestations se sont sans cesse élevées contre ces modèles. ![]() La famille
Le garçon courageux, la jeune fille sensible, l’homme fort et rationnel, la femme bonne et dévouée, … beaucoup d’idées sur la masculinité et la féminité se fondent sur le modèle familial et social qui se développe au 19e siècle dans la bourgeoisie et qui débouche rapidement sur une stricte répartition des rôles sexués. La vie sociale comprendrait deux sphères distinctes : la sphère publique, réservée aux hommes, la sphère privée, domaine des femmes. L’idée n’est pas totalement neuve mais cette conception acquiert une force considérable au tournant des 19e-20e siècles, au point d’être proposée comme seul modèle, applicable à toutes les catégories sociales. Les théories sur la hiérarchie des sexes sont omniprésentes et déterminent la condition des hommes et des femmes. Selon ce modèle, l’homme se caractérise par son intelligence, sa raison, sa force et sa bravoure. Il est le chef de la famille dont il assure la prospérité par son travail, il est le soutien de la nation qu’il est prêt à défendre en cas de conflit, il participe à la gestion politique sous certaines conditions. Les représentations de la femme en font au contraire un être inférieur, faible et émotif qui ne se réalise que dans le mariage et dans la maternité, toujours sous le contrôle et la protection de son époux. La législation, les sciences positives et la religion s’accordent sur cette conception et la consolident mutuellement : le Code civil (1804) légalise l’incapacité de la femme mariée, les sciences du 19e siècle théorisent les différences sexuées en termes de valeur, le catholicisme assimile la complémentarité des sexes à une volonté divine. Les conséquences sociales de ces préjugés sont énormes et se manifestent dans de très nombreux domaines. Dans la famille, les fi lles sont éduquées pour devenir prioritairement – et par la suite, exclusivement – de bonnes épouses et de bonnes mères, entièrement tournées vers la vie domestique. La notion d’amour maternel est sublimée et la famille nombreuse considérée comme un idéal. Les médecins, les pédagogues, les psychologues qui se spécialisent dans le développement de l’enfant, tiennent les pères de plus en plus à l’écart du nourrisson et ne s’adressent qu’aux mères, devenues leurs interlocutrices privilégiées. Cours d’économie domestique, conseils de puériculture, enseignement ménager, publicité, imagerie populaire, … tout tend à faire croire que les femmes ne peuvent trouver bonheur et épanouissement que dans les tâches ménagères et que le bien-être des familles dépend de la compétence domestique de l’épouse. Ce cliché devient une véritable litanie, tellement martelée qu’elle fait croire que les couples où les deux époux travaillent constitueraient une nouveauté, par contraste avec le modèle « traditionnel » et « normal », celui de l’homme « gagne-pain » et de la « mère-ménagère ».
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Pourtant rien n’est moins vrai. L’homme au travail et la femme au foyer est une vision idéale éloignée de la réalité. Dans les familles ouvrières et paysannes, dans le petit commerce, les femmes travaillent et leurs contributions aux ressources de la famille sont indispensables à sa survie. Dans les classes supérieures (haute bourgeoisie et aristocratie), les femmes se consacrent à des activités mondaines et philanthropiques, en-dehors du foyer, et délèguent leurs tâches ménagères et éducatives à du personnel domestique. De nombreuses femmes vivent aussi sans être sous la « protection » d’un mari, parce qu’elles sont célibataires, séparées, veuves ou divorcées. Avec la hausse du niveau de vie, les familles nombreuses tendent à devenir plus rares : le déclin démographique s’amorce dans le pays dès les années 1870. Les familles monoparentales ne sont pas exceptionnelles au 19e siècle, pas plus que le concubinage et les familles recomposées (les remariages sont courants, notamment en raison du taux élevé de mortalité maternelle). L’homosexualité est aussi une réalité, mais elle est un tabou, de sorte que les couples entre personnes d’un même sexe ne peuvent s’affirmer publiquement.
Comme la distribution idéale des rôles entre hommes et femmes est diffusée par les classes dominantes, elle exerce une infl uence significative sur l’ensemble des catégories sociales. C’est ainsi qu’au 19e siècle, le travail des femmes est de plus en plus critiqué comme une anomalie ou un dysfonctionnement, alors qu’il a toujours existé. Les femmes qui travaillent hors du foyer sont culpabilisées : on tente de les persuader que leur travail nuit au bien-être de leurs enfants et de leur mari, plus encore, qu’il compromet l’existence même de la cellule familiale. Une théorie, abondamment répandue, considère même que la misère ouvrière et le désordre social pourraient être évités si les femmes géraient bien leur ménage… C’est pourquoi les industriels d’abord, le gouvernement ensuite investissent dans des cours ménagers qui se muent en un véritable réseau d’enseignement à tous les niveaux à partir de 1889. Cette inégalité dans l’éducation des filles mobilise les féministes qui tentent au contraire d’aligner l’enseignement des fi lles sur celui des garçons.
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L’école
La conviction que les hommes sont supérieurs aux femmes entraîne des conséquences importantes dans le domaine de l’enseignement, certainement au niveau moyen et secondaire. Comme les garçons sont destinés à remplir un rôle dans la sphère publique, comme travailleur et comme citoyen, les pouvoirs publics, les autorités religieuses, des particuliers organisent une panoplie diversifiée d’études à leur intention, allant des formations commerciales et industrielles à un enseignement général préalable à l’université. Toutes ces études préparent les garçons aux professions correspondantes, qui évoluent au rythme des progrès techniques et scientifiques. Pour les filles, dont l’horizon est limité à la vie familiale, l’offre est nettement plus réduite : l’enseignement professionnel conduit surtout aux métiers du vêtement et de la couture, les universités leur restent fermées et l’enseignement moyen de qualité demeure exceptionnel.
L’Etat n’investit que tardivement dans l’enseignement moyen des filles, et pendant une trentaine d’années, les congrégations religieuses exercent un quasi-monopole sur leur instruction. Elles leur enseignent surtout la piété, l’économie domestique, les arts d’agrément, soit des qualités qui permettent aux élèves de devenir de parfaites maîtresses de maison et de « tenir leur rang » dans la vie mondaine. Les différences dans l’approche éducative sont tellement criantes en défaveur des fi lles que, sans surprise, c’est l’enseignement qui voit naître les contestations les plus précoces. Des pédagogues innovantes, comme Isabelle Gatti de Gamond, cherchent à estomper les spécifi cités sexuées des programmes (1864) et à rapprocher l’enseignement féminin et masculin. L’Etat suit en créant un réseau offi ciel d’écoles moyennes pour les filles (1881), puis en leur donnant accès aux athénées ou en transformant les écoles moyennes en lycées (1925). Les universités ouvrent leurs portes à partir des années 1880 et l’accès des fi lles aux études supérieures, amorcé avant la Première Guerre, se développe dans l’entre-deux-guerres.
Après la Seconde Guerre mondiale, la démocratisation de la société pousse spontanément à l’allongement des études, y compris pour les filles, tandis que la mixité se généralise dans la vie sociale. La mixité est imposée dans l’enseignement offi ciel à partir de 1970. Mais elle est loin d’aplanir toutes les inégalités : celles-ci se retrouvent dans le choix des études. Les orientations ciblées montrent clairement que les préjugés n’ont pas disparu et que les attentes implicites de la société influencent toujours l’éducation des garçons et des fi lles. Le féminisme des années 1970 le souligne, en stigmatisant notamment la persistance des stéréotypes sexués dans les manuels scolaires. Dans le dernier quart du 20e siècle, l’enseignement se dégage peu à peu de ses inégalités structurelles et de son système discriminatoire, pour offrir aux deux sexes le mêmes possibilités (1978) et prendre en compte l’épanouissement des individus.
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Le travail
Le monde du travail n’échappe pas aux préjugés. Le modèle de la « mère ménagère » porte ombrage à l’image de la travailleuse, de sorte que pendant longtemps, peu de professions fournissent un modèle valorisant aux femmes. C’est le travail des hommes qui est valorisé et leurs métiers sont souvent associés à des qualités ‘masculines’ : le courageux pompier, l’entrepreneur dynamique, le robuste métallurgiste, le savant intelligent, le technicien compétent,… Les femmes n’accèdent pas sans heurt aux professions ‘masculines’ : en 1888, la juriste Marie Popelin se voit refuser l’accès au barreau en raison de son sexe, ce qui entraîne d’ailleurs la création de la première organisation féministe belge. Bien qu’en 1910, une femme obtienne déjà son brevet de pilote, il faut attendre les années 1960 pour avoir une pilote de ligne. Les nouvelles professions féminines qui prennent leur essor durant l’entre-deux-guerres n’échappent pas aux clichés sexués : il s’agit de métiers de soins, assistance et éducation (infi rmière, travailleuse sociale, enseignante, …) et/ou de métiers où une répartition hiérarchique des rôles s’établit avec les collègues masculins (l’infi rmière et le médecin, la sténo-dactylo et l’employé qui s’occupe du travail intellectuel, …).
L’exposition montre que les idées reçues sur l’identité masculine et féminine ne peuvent jamais être dégagées de leur contexte historique et qu’elles n’ont pas de valeur intrinsèque. Elle apporte une vision positive de l’évolution sociale dans le sens d’une société démocratique plus égalitaire, promouvant les intérêts et les compétences des individus et non plus les représentations stéréotypées du passé. Mais si les progrès sont indéniables, le but n’est toujours pas atteint. Les obstacles resurgissent, parfois de manière détournée, qui montrent combien les stéréotypes sont ancrés dans les mentalités. L’histoire sert alors de révélateur pour en comprendre les raisons.
L’exposition « Garçon ou fille… un destin pour la vie ? » est richement illustrée : elle contient près de 500 documents (dessins, caricatures, photos, affiches, tracts, brochures, manuels, témoignages, statistiques, jouets,…) qui couvrent deux siècles d’histoire et qui sont issus de plus de soixante centres d’archives, bibliothèques, musées et collections privées. Elle est à découvrir au Musée BELvue, musée sur l’histoire de Belgique situé en plein coeur artistique et culturel de Bruxelles. Elle s’adresse à un large public, aux hommes et aux femmes, aux jeunes et aux moins jeunes. Les écoles et les associations de jeunesse ont à leur disposition un dossier pédagogique et des idées d’animations pour les groupes, téléchargeables gratuitement sur les sites du musée BELvue et du Carhif. L’entrée est gratuite pour tous les jeunes de moins de 18 ans.
L’exposition a bénéficié du soutien de la Communauté Française de Belgique, du Gouvernement Flamand, de l’Institut pour l’Egalité des Femmes et des Hommes, de la Région de Bruxelles-Capitale, de la Commission Communautaire Française, de la Commission Communautaire Flamande, de la Ville de Bruxelles et du Soir, Knack, La Première, Klara et la STIB.
Informations pratiques
Source : dossier de presse transmis par le service Communication de BELvue
LIENS : - Site internet du musée Belvue
Commentaires de Jupe-Skirt : J'ai jugé bon de mentionner cette exposition car, même si elle ne parle pas des hommes en jupe, elle montre que des préjugés ont toujours existé dans différents domaines en ce qui concerne les deux sexes, comme il peut en exister sur le port de la jupe par les hommes et comme il a pu en exister sur le port du pantalon par les femmes.
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| Mise à jour le Mercredi, 08 Avril 2009 12:07 |


Une exposition réalisée par le Centre d’Archives pour l’Histoire des Femmes (CARHIF-AVG) en collaboration avec le musée BELvue



